Le Coaching intervient sous de multiples facettes. En même temps le sport est l’école de la vie. Pas étonnant que ces deux disciplines se réunissent et fusionnent pour réinsérer et remettre dans la droit chemin les âmes perdues. Le sport c’est le combat, c’est la dureté, bref ce que la vie peut vous infliger. Le coaching c’est transmettre, c’est aider, c’est redonner le goût à la vie. Focus ici sur la boxe, outil de réinsertion. Le Monde.

Des coups pour se remettre dans les clous

Boxe. Ils ont entre 15 et 32 ans. Détresse sociale, problèmes familiaux ont amené ces jeunes du XVe arrondissement de Paris à sortir du système scolaire. Chaque jour, l’association Impulsion 75, les réunit dans une salle de boxe. Objectif : la réinsertion et le retour à l’emploi. Un projet pilote qui pourrait s’étendre à tout Paris

 Il est 18 h. C’est une journée ordinaire qui s’achève au lycée Buffon, situé en plein cœur du XVe arrondissement de Paris. Dans les allées fleuries du prestigieux établissement, les élèves alanguis regagnent leurs pénates en flânant. Aucun ne semble surpris par le ramdam qui a commencé un étage plus bas. « Ce sont les boxeurs », renseigne une lycéenne.

Ils sont une quarantaine ce jeudi d’octobre, attroupés dans une salle aux murs d’abbaye. Certains boxent un sac de frappe, d’autres soulèvent de la fonte. Jérémy, 28 ans et Abdoulaye, 23 ans, quant à eux, enfilent des gants. Le combat se joue à touche-touche. « Abdoulaye ! Monte ta garde », prévient Dominique Delorme, 55 ans, coach sportif monté sur ressorts. Paf ! Le coup a fait mouche dans le nez. Sans rancune, on se salue et on recommence. « Ce sont deux jeunes issus de quartiers différents. Il y a trois ans, la situation aurait vite dégénéré », se satisfait Amirouche Aït Djoudi.

Amirouche, c’est celui qu’on écoute. Natif du XVe, il connaît tous les jeunes, les a vu dériver, a souvent évité le pire. Lui, il a eu plus de chance, obtenu un master à la Sorbonne. Pendant des années, il a recueilli les doléances de ces jeunes, las « de ne pas avoir leur lieu à eux malgré les promesses », toujours reportées aux calendes grecques.

Alors, un jour de février 2008, Amirouche a pris le taureau par les cornes. Avec ses « potes » Karim Tiar, avocat et Nabil Mimoun, cadre en ressources humaines à la mairie de Paris, ils montent avec trois bouts de ficelle l’association Impulsion 75. Amirouche a sorti un papier et un stylo. « On va tout faire pour obtenir un endroit pour boxer. Mais personne ne me lâche », a-t-il prévenu. Tous l’ont suivi. Des signatures, ils en ont eu plus qu’ils ne pensaient : « Une centaine en trois jours ! C’est dire combien la situation était urgente. »

Au début de l’été 2008, les nuits de violence qui agitent le XVe suite à la mort d’un adolescent donnent raison à la naissance d’Impulsion 75. Dans l’arrondissement, réputé calme et tranquille, commerçants et habitants semblent tomber des nues.« Pour nous, ce n’était pas une surprise, déplore un jeune. On a tiré la sonnette d’alarme plus d’une fois. »

Rapidement, épaulée par la Directiondépartementale de la cohésion sociale de Paris (DDCS), l’association obtient de la Mairieun créneau hebdomadaire au gymnase de la Plaine. Tropjuste par rapport à la demande. Les jeunes des différents quartiers y affluent par dizaines, se défoulent, échangent. En mars 2009, la Mairie de Paris propose un partenariat avec le lycée Buffon qui met une salle à disposition des jeunes pour qu’ils s’entraînent tous les soirs. Un symbole au cœur de cet établissement d’excellence. « Ils ont l’impression de rattraper quelque chose en venant ici, affirme Michel Pantèbre, le proviseur. J’ai bien quelques professeurs grincheux, mais ça ne va pas très loin. En trois ans, il n’y a eu aucun problème. »« On a tout de suite été emballé, se souvient Jean-Philippe Acensis, délégué général de l’Agence pour l’éducation par le sport (Apels). Tous les gamins qui posaient problème dans le quartier étaient là, motivés. Il y avait du potentiel, il fallait les aider. »

Si la boxe est un catalyseur efficace, les problèmes de fond subsistent. « Certains ne savaient ni lire ni écrire. D’autres n’avaient pas conscience des moyens existants pour trouver un emploi », assure Amirouche. Djiry, 32 ans, était un de ceux-là. Il a trouvé un poste d’aide-soignant grâce à Impulsion 75 : « La mission locale ? L’Ecole de la deuxième chance ? Je n’en avais jamais entendu parler. » Pour Nabil, taillé comme une armoire normande, les choses étaient encore plus compliquées : « Je suis tombé dans l’argent facile, j’ai fait de la taule. Je n’avais pas vraiment la tête de l’emploi. » Armé de sa seule volonté, Amirouche arpente les rues du XVe et tisse des liens avec les acteurs locaux en allant à la rencontre des policiers et en proposant des échanges avec les handicapés de l’Institut Saint-Jean de Dieu. « Ces jeunes en bonne santé ont pris conscience qu’ils n’étaient pas les seuls à être victimes de préjugés. Ça leur a donné envie de s’en sortir », se réjouit Amirouche.

Amirouche Aït Djoudi ne ménage pas ses efforts pour entraîner ses jeunes. Photo Camille Millerand

Aujourd’hui, Impulsion 75 voit plus loin. Avec l’Apels et la mission locale de Paris, l’association s’apprête à lancer des sessions de coaching. Des groupes de huit jeunes vont ainsi bénéficier d’un suivi intensif pour retrouver un emploi. Boxe, entretiens de motivation, visites d’entreprises… le projet est bien ficelé. Coût total : 115 000 euros, « presque autant que ce que coûte un prisonnier à la collectivité pour un an », note Amirouche.La Fondation GDF-Suez, partenaire depuis 2009 etla Fondation RATP sont des soutiens de poids. Pour autant, à l’heure de lancer le projet, les fonds manquent encore, même si tous les acteurs rêvent déjà d’étendre ce projet à l’ensemble des arrondissements parisiens.

Il est 20 heures. Fin de l’entraînement. Les jeunes regagnent les vestiaires en sueur. La nuit est tombée. Une lumière attire l’attention d’Amirouche. « C’est Jérémy, il est encore sous la douche. Je vais lui dire de se dépêcher », anticipe Nabil. « Non, c’est bon, tranche Amirouche. Il refermera derrière lui. »

Florent Bouteiller

Source :

http://combat.blog.lemonde.fr/2011/10/21/des-coups-pour-se-remettre-dans-les-clous/

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